Le potentiel hydroélectrique français est-il saturé ?

La politique de soutien au développement des énergies renouvelables en France s'adresse à toutes les sources de production vertes: solaire, éolien, biomasse, mais aussi hydroélectrique. Or l'hydro est une source de production déjà ancienne, maîtrisée et rentable. Dans ce cadre, la question du soutien aux producteurs hydroélectriques se pose sérieusement. Peuvent-ils vraiment participer à l'objectif  20% d'électricité verte en 2020 ou leur potentiel de développement est-il déjà saturé ?

La construction de barrages en France

La première turbine à eau date du milieu du XIXème siècle. Depuis, et notamment pendant l'entre-deux-guerres, la France a construit des barrages qui ont constitué jusqu'à 56% de sa production d'électricité en 1960. Depuis le développement du nucléaire, l'hydraulique a continué son développement à un rythme plus faible. Cette période s'est accompagné d'une amélioration de l'intégration des barrages dans leur environnement (continuité écologique, concertation avec les riverains...). L'hydro produit aujourd'hui environ 13% de l'électricité consommée en France.

Nous sommes donc loin des 95% de production hydroélectrique de la Norvège. Et la construction de grands barrages n'est plus d'actualité. Le dernier grand chantier est celui de Romanche-Gavet dans l'Isère, mais il s'agit du remplacement d'aménagements existants et non d'une construction ex-nihilo.

Le point sur Romanche-Gavet

L'usine hydroélectrique souterraine de Romanche-Gavet aura une puissance de 2 x 47 MW en remplacement de 6 aménagements moins puissants. Sa construction nécessite de creuser une galerie souterraine de 9km dans le massif de Belledonne. Il devrait être achevé en 2017.

Le potentiel hydroélectrique restant

Plusieurs barrages peuvent être rénovés ou remaniés en profondeur comme à Romanche-Gavet, mais peu d'emplacements restent disponibles pour la construction de nouvelles usines hydroélectriques majeures. Si l'on ajoute l'exigence de respect de l'environnement, le territoire métropolitain n'offre plus d'emplacements pour la construction de grands barrages.

Le potentiel est donc constitué d'emplacements sur des cours d'eau secondaires, on parle alors de petite centrale hydroélectrique (PCH), définie par une puissance installée inférieure à 10 MW. Les PCH sont détenues à 80% par des producteurs indépendants (EDF détient environ 100 PCH soit 15% du parc).

La construction d'une PCH est ouverte à tous, sous réserve de l'obtention d'un arrêté préfectoral. En effet, la loi de 1919 sur l'hydraulique institue la propriété de l'Etat sur l'énergie issue de la force des marées et des cours d'eau.

Les STEP, un gisement hydroélectrique majeur ?

Le fournisseur d'électricité verte Enercoop s'approvisionne, entre autres, auprès d'une PCH installée dans le réseau d'eau potable de la ville de Marseille! L'idée d'utiliser le réseau d'eau (ou d'assainissement !) comme source de production hydroélectrique n'est donc pas absurde. Les chateaux procurent d'ailleurs une hauteur de chute considérable!

STEP est l'acronyme de station de transfert d'énergie par pompage. Il s'agit de stocker l'énergie inutile à un moment X pour la restituer à un moment Y avec un minimum de déperdition. En utilisant l'électricité inutile (la nuit) pour pomper de l'eau en haut d'un château d'eau, on peut en restituer à un moment où elle sera nécessaire (le jour) en laissant s'écouler l'eau pour faire tourner une turbine.

Le développement de STEP sera d'autant plus utile que la production d'électricité éolienne et solaire est irrégulière. Il s'agit donc là d'un potentiel hydroélectrique majeur pour une France qui produirait 50% d'hydroélectricité en 2050 !

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